Entre les médias documentant le territoire et l’imaginaire accompagnant la promenade, entre la ville matérielle et la ville imaginaire s’actualise une nouvelle mémoire, une nouvelle ville, un nouveau cinéma.
Pour compléter les arguments conceptuels et techniques de ce site, j’aimerais proposer ces quelques lignes de «simulation»: que va pouvoir vivre le spectateur du dispositif de «Walking the Edit» ? Il est important de considérer que l’intérêt majeur de ce dispositif réside dans l’expérience qu’il permet de vivre dans le quotidien (via le parcours enregistré qui «amplifie» notre rapport au réel et stimule notre imaginaire) et dans la mise en relation entre le monde réel et le monde des images (notre mémoire audio-visuelle). Ce court traitement n’est pas le scénario idéal de l’utilisation du dispositif, mais l’une des multiples manières d’entrer en relation avec le projet.
EXT-JOUR / rue de l’École de Médecine.
Un homme d’une trentaine d’années, appelons-le Benoît, vient de s’arrêter devant la devanture d’un magasin de moto. Il sort un wePhone* de sa poche, y branche une oreillette, et appuie sur l’écran. En regardant par dessus son épaule, on verrait une interface sobre, avec l’invitation de démarrer un enregistrement. Pour le moment, l’écran est presque vide, le seul repère étant une croix blanche et le bouton d’enregistrement. Benoît regarde rapidement devant lui, distingue un peu plus loin le pont qui enjambe l’Arve, les arbres qui balancent dans le vent, puis effleure le bouton: l’enregistrement commence.
Des bulles de couleur peuplent la partie droite de l’écran, puis, comme attirée par un aimant, l’une d’elle vient se poser sur la ligne médiane. En se collant à son oreille, on pourrait entendre avec Benoît le son d’un moteur qui démarre en trombe. Il se tourne: à droite, le magasin de moto est fermé; mais le son de la moto a disparu et laissé la place au brouhaha d’une terrasse de café. Comme il fait beau, il y a effectivement du monde, mais l’ambiance est plutôt calme. Benoît passe devant en regardant à nouveau son écran: il y a de plus en plus de bulles sur la partie droite de l’écran, qui semblent exercer une pression telle sur le bout de l’entonnoir que seule une bulle l’après l’autre vient se ranger sur la ligne horizontale. En s’arrêtant au feu rouge, Benoît voit que les 4 bulles bleues qui défilent de manière continue sur la ligne font partie de la thématique «Loisirs et désirs» - c’est effectivement une discussion animée qu’il entend actuellement. Ce n’est pas encore l’heure de l’apéro, il préfère continuer en direction du pont.
De nouvelles bulles sont tirées les unes après les autres de ce nuage en constante mutation: il y a de plus en plus de bulles brunes qui se pressent au «portillon». Benoît tend l’oreille: les flots déchaînés qui semblent vouloir déraciner les arbres penchés sur le fleuve font place à une voix. Hésitante, grave, avec un accent prononcé, la voix commence à raconter comment attraper les poissons. Benoît s’arrête, s’accoude à la balustrade, la voix continue: il pêche ici, pas loin du travail, mais cela lui permet de partir très loin, il en a besoin, ici il a bien quelques copains, mais sa vie est ailleurs, alors il regarde passer l’eau. Benoît fait quelques pas, s’arrête à nouveau: la voix du pêcheur raconte comment chez lui, là bas, les rivières ont perdu progressivement toute vie.
Le fleuve coule lentement, les arbres se balancent toujours dans le vent.
Nous nous arrêtons ici et laissons Benoît continuer son chemin seul, générant sans doute de nouveaux films: il a envie de marcher et sait qu’il peut créer plusieurs films en choisissant le lieu de départ et d’arrivée tout au long de sa ballade.
INT-JOUR / appartement.
Benoît est de retour chez lui, s’installe devant son ordinateur. Il sort la feuille qu’il a reçu lors du prêt du wePhone, tape l’adresse internet du projet et arrive sur la page d’accueil. En s’installant à côté de lui, on verrait que cette page propose une série de films, présentés sous forme de petites icônes à côté d’une image de carte personnalisée. Mais Benoît ne clique par sur ces films, il va directement dans la partie de login, tape son nom d’utilisateur et son mot de passe et arrive sur sa page personnelle.
Là il voit les 4 films qu’il a marché: il sélectionne d’emblée le premier. Benoît lance la lecture, le film démarre et en même temps, un curseur se déplace sur la trajectoire dessinée sur la carte; il peut naviguer dans le film en bougeant sa position sur le tracé. Il comprend que le film défile en lien avec son parcours effectué.
Benoît aime bien le second et le dernier film; il décide de les partager en cliquant sur le bouton «share». En revenant sur la page de départ, il voit que ses deux films qu’il vient de rendre publics sont maintenant à côté d’autres films; devenu curieux, il va aller voir le film d’un autre qui a presque le même trajet que son premier parcours...
Important: pour voir les films il faut avoir Safari 5 au minimum (les vidéos sont en HTML5, H264)
Depuis hier lundi 30 août, l'affichage des cartes ne fonctionne pas - apparemment un problème chez Google (comme quoi on est bien dépendants). J'espère que ce sera résolu bientôt.
Nous sommes en train de mettre les bouchées doubles pour arriver à présenter l'adaptation parisienne intitulée "Heritage Experience". Des infos sur le blog Smartcity ainsi que tout prochainement sur le blog de WE.